Conversion à l’Agriculture Biologique : portraits d’éleveurs

Conversion à l’AB : quelles motivations et satisfactions des éleveurs laitiers aveyronnais ?

 

Passer son exploitation « conventionnelle » en agriculture biologique, quelle aventure ! Par où commencer, quels leviers activer, quels partenaires, comment adapter son exploitation aux nouvelles contraintes réglementaires ? Pour ceux qui souhaitent se lancer, les questions d’ordre matériel et psychologiques sont parfois nombreuses.

Pas de panique : des agriculteurs pionniers ont su contourner les écueils et parvenir à destination pour mieux vous raconter leur parcours, parsemé de doutes, d’obstacles mais aussi, comme souvent dans les grandes aventures, de belles surprises.

Ces témoignages issus du travail de thèse mené par Maëlys Bouttes, soutenu par l’INRA et la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron montre comment de nombreux agriculteurs ont navigué entre les récifs pour écrire une nouvelle page de l’histoire de leur exploitation agricole, entre la redécouverte d’un métier qui les passionne et l’adaptation à un monde en perpétuelle mutation.

 

Prendre ou non le train de l'AB ?
© Dessin de Z’lex
Avec une filière laitière conventionnelle en crise (1ère crise en 2009, fin des quotas en 2015…), et le fort développement de l’agriculture biologique lié à une demande croissante, de nombreux éleveurs prennent le virage de l’AB.
En Aveyron, environ 50 fermiers ont décidé de se convertir en 2016. Une équipe de chercheurs s’est intéressé, avec la chambre d’agriculture de l’Aveyron et l’APABA, aux stratégies et motivations de ces éleveurs, pour savoir si la conversion à l’AB est un moyen de réduire la vulnérabilité des exploitations laitières.
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Dès le départ les objectif de recherche de Maëlys sont clairs : comprendre les motivations des éleveurs à la conversion, et comment évoluent leurs pratiques et leur satisfaction pendant la conversion. En effet, si la conversion en Agriculture Biologique demande parfois une réorganisation productive et une charge de travail supplémentaire,elle amène aussi les agriculteurs à sortir de la routine pour réinventer leur métier.

En partenariat avec la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron et l’APABA, Maëlys Bouttes a conduit des entretiens annuels entre 2016 et 2018 auprès de 19 fermes d’élevage bovin laitier en Aveyron ayant commencé leur conversion en 2016. De quoi dresser un tableau représentatif des agriculteurs de la région.

A près plusieurs années de rencontres et d’innitiatives innovantes, voici les quelques convlusions de l’enquête :

Quelles motivations à la conversion ?

Au-delà de préoccupations environnementales, économiques ou idéologiques souvent mises en avant, les motivations des éleveurs sont souvent de trouver des solutions pour se sortir d’une situation conventionnelle compliquée. L’AB leur apparaissait comme un mode de production offrant davantage de perspectives économique. Contrairement aux iidées reçues, le passage en Bio n’est pas toujours militant. Si les motivations peuvent être liées au désir de diminuer les produits phytosanitaires, elles peuvent aussi être synonymes de développement économique.

Quelle satisfaction en fin de conversion ?

Maëlys Bouttes a demandé aux éleveurs d’évaluer eux-mêmes leur satisfaction en donnant leur perception (sentiment d’amélioration, de dégradation, ou sans changement perçu) sur 5 catégories : Économique, Agronomique, Zootechnique, Social, Conditions de travail.

Dans l’ensemble, les éleveurs sont satisfaits en fin de conversion.

  • Les évaluations négatives concernent seulement 6% des réponses, soit 94% d’évaluations positives ou neutres.
  • Pendant la conversion, pour la majorité des exploitants, la perception sur ces 5 catégories ne s’est pas dégradée.
  • En fin de conversion, les exploitants déclarent une forme de satisfaction sur au moins 4 des 5 critères.

La conversion en Bio doit donc être vue comme un ensemble qui réunit différents facteurs sociaux et économiques.

Évolution des pratiques

Parmi les 19 fermes suivies, on trouve une diversité de trajectoires selon la situation avant conversion de la ferme (plus ou moins éloignée des pratiques généralement observées en bio) et selon l’ampleur des changements de pratiques mis en oeuvre pendant la conversion.

Globalement, à l’issue de la conversion, les 19 fermes se sont fortement orientées vers l’herbe et le pâturage, ce qui a nécessité, pour certaines, des changements très importants en l’espace de 2 ans (par exemple, passer d’un système zéro pâturage à 7 mois de pâturage dans l’année).

Si cette réorganisation demande des investissements en temps et en argent, elle est en général suivie d’une amérlioration des conditions de travail. La recherche de l’autonomie fourragère notamment donnera peut-être sa pleine mesure dans quelques années, lorsque les flucturations des marchés (protéines notamment) se feront davantage sentir.

D’après l’étude, les agriculteurs s’étant engagés en bio en 2016 y voyaient d’abord une solution pour préparer l’avenir. Mais en faisant un investissement sur le long temer, les agriculteurs ont presque trouvé une satisfaction sur le court terme : Les éleveurs sélectionnés insistent d’ailleurs sur les rencontres sociales riches que le changement a pu provoquer : les échanges avec les conseillers et les autres agriculteurs -ressources ont renforcé leur motivation pendant la conversion et permis de faire naître de nouveaux projets.

 

Emmanuel et Céline, Roland, Emmanuel et Vincent… Tous sont éleveurs de vaches laitières et ont initié une conversion à l’agriculture biologique (AB) en 2016. Début 2019, ils ont accepté de livrer leur témoignage sur cette conversion : Quelles ont été leurs motivations pour initier cette conversion ? Quels changements ont eu lieu sur la ferme depuis 2016 ? Quel bilan peuvent-ils déjà donner 3 ans après et quelle satisfaction en retirent-ils ?

« Qualité plutôt que quantité ». Emmanuel et Céline Cayron, GAEC Parlan Bio, Aveyron.

Pour leur conversion, Emmanuel et Céline Cayron, éleveurs de vaches laitières à Sainte-Juliette-Sur-Viaur en Aveyron, ont investi dans une faucheuse auto-chargeuse, ont mis en place le pâturage tournant dynamique et… ont suivi plusieurs formations.

« Que du positif ». Emmanuel Vernhet et Vincent Grès, GAEC des Tinarole, Aveyron.

 

Pour Emmanuel Vernhet et Vincent Grès, éleveurs de vaches laitières en Aveyron. Anglars-Saint-Félix en Aveyron, le premier changement a été sur les cultures : moins de céréales, moins de maïs, plus de prairies.

« Cultiver l’optimisme ». Edith et Pascal Capèle, GAEC La ferme de la Craupinère, Ille-et-Vilaine.

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« Les agriculteurs bio ? Des marginaux ! » … c’est ce que pensaient Edith et Pascal Capèle, éleveurs de vaches laitières en Bretagne, avant d’entamer eux-mêmes leur conversion à l’AB suite à la crise laitière de 2015.

« Un changement qui booste». Roland Vidal. Le Vibal, Aveyron.

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Crise du lait, rencontres, atelier de poules pondeuses… Pour Roland Vidal, éleveurs de vaches laitières en Aveyron, plusieurs éléments sont à l’origine du « déclic » du passage en bio !

 

« Renaissance ». Nadia et Patrice Hamoniaux, GAEC Hamoniaux, Côtes d’Armor.

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Qualité de vie, entraide entre agriculteurs, souci de la terre et de leurs bêtes : pour Nadia et Patrice, la conversion à l’AB est aussi une autre façon de vivre… en cohérence avec leurs valeurs !

« On n’est pas des numéros ». Céline et Martial Beasse, EARL Beasse, Ille-et-Vilaine.

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Pour Céline et Martial Beasse, éleveurs de vaches laitières prim’holstein en Bretagne, si la crise de 2015 a été l’élément déclencheur vers leur conversion à l’AB, ce sont surtout les rencontres et les formations qui ont permis à l’idée de faire son chemin pour devenir réalité… non sans difficultés dans les 2 années de conversion, mais heureusement une grande satisfaction aujourd’hui.

« Libres et sereins ». Marie et Erwan Henry, EARL du Menez Bre, Côtes d’Armor.

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Jusqu’en 2014, Marie et Erwan Henry, éleveurs de vaches laitières et porcs en Bretagne, semblaient subir leur système de production. En 2014, le choix de passer en bio devient évident et leur ouvre alors les portes vers d’autres choix possibles pour améliorer leur système…

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« Cultiver l’être ». Didier Larnaudie et Alain Beyer, GAEC des Fontanelles, Aveyron.

Motivés pour changer de pratiques et de rythme de vie, Didier Larnaudie et Alain Beyer, éleveurs de vaches laitières en Aveyron, mettent les aspects humains du métier d’agriculteur au cœur de leur témoignage sur leur conversion à l’AB.

 

Série réalisée par Maëlys Bouttes et Arnaud Mansat, dans le cadre du projet de thèse de Maëlys Bouttes dirigé par Guillaume Martin (INRA UMR AGIR). Contributeurs : INRA, Chambre d’Agriculture de l’Aveyron, APABA. Soutiens : projet PSDR Occitanie, INRA, région Occitanie, CASDAR Résilait, ANR Tatabox, CASDAR Optialibio, INP, Ecole des docteurs de Toulouse.

Ces vidéos de témoignages peuvent être mobilisées comme support de formations, de cours,d’échanges. N’hésitez pas à contacter PSDR-Occitanie[a]inra.fr pour obtenir les versions en haute qualité. Une version sous-titrée est aussi disponible sur youtube pour chaque vidéo si vous souhaitez les utiliser sur des salons.

 

Voir aussi

  • Vous souhaitez en savoir plus ? Cliquez ici pour découvrir les résultats du travail de recherche sur les motivations et stratégies de conversion à l’AB mené par les scientifiques de l’Inra Occitanie Toulouse.
  • Et pour aller plus loin, retrouvez les publications en lien avec ce travail sur le site Research Gate

 

 

Photo Matthieu Chanel [Agrobio 35]. © Photo Matthieu Chanel [Agrobio 35]

 

En aveyron, il y avait jusqu’en 2015 seulement une quarantaine d’agriculteurs biologiques sur 1200 producteurs laitiers, alors que pendant la seule année 2016, environ 50 fermiers ont décidé de se convertir.

Pourtant, la période de conversion en elle-même n’est pas dénuée de risques. C’est en effet un moment, qui peut durer jusqu’à deux années, où les pratiques sont modifiées sans pouvoir valoriser immédiatement cette transition.

Pour expliquer le choix de se convertir, il s’est avéré que des facteurs très subjectifs et personnels entraient donc en jeu : non seulement le gain économique supposé et le meilleur impact environnemental ; mais aussi le fait de pouvoir maintenir une exploitation familiale, d’imaginer de meilleures conditions de travail ou de bénéficier d’un apprentissage collectif et ainsi d’accroître ses compétences personnelles. En somme, les agriculteurs interrogés perçoivent ce « pari sur l’avenir » comme une opportunité de travailler en meilleure adéquation avec leurs valeurs personnelles. Un autre des résultats majeurs de cette enquête est le fait que les agriculteurs concernés considèrent ce modèle agricole comme moins risqué que le conventionnel puisque s’éloignant de la logique d’agrandissement systématique (économies d’échelles).

Ces travaux ouvrent la voie à une réflexion sur la diminution de la vulnérabilité des exploitations laitières en conversion biologique, qui demeure importante. Ils offrent également des données pour permettre aux conseillers agricoles et aux décideurs publics de mieux accompagner les agriculteurs.

 

Une série réalisée par Maëlys Bouttes et Arnaud Mansat, dans le cadre du projet de thèse de Maëlys Bouttes dirigé par Guillaume Martin (INRA UMR AGIR). Contributeurs : INRA, Chambre d’Agriculture de l’Aveyron, APABA. Soutiens : programme PSDR Occitanie, INRA, La Région Occitanie, CASDAR Résilait, ANR Tatabox, CASDAR Optialibio, INP, Ecole des docteurs de Toulouse, Agence BIO.

 

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