Les alternatives aux phytosanitaires pour la culture du noyer

Depuis 2017, 12 nuciculteurs du Périgord, accompagnés par la Chambre d’agriculture de la Dordogne, ont la volonté d’échanger, de partager , de dialoguer et d’innover pour mettre en œuvre des méthodes alternatives de protection de leurs noyeraies. C’est dans le cadre de ce Réseau DEPHY noix , financé par le plan ECOPHYTO, qu’a été organisée le 31 août 2021, une journée technique de mise en œuvre de solutions innovantes, en partenariat avec la Station Expérimentale de la Noix de Creysse (46), les sociétés AgriBuiders, CompoExpert, Corteva Agriscience , M2I et SumiAgro et le Groupe Technique Noix Sud Ouest. Tous nos remerciements à Pierre DELAIRE ( EARL des Garennes) et à son épouse pour l’accueil sur leur exploitation de plus de 60 participants à cette journée de démonstration et d’échanges au cours de laquelle ont été présentées des méthodes non chimiques de maîtrise des 2 principaux ravageurs de la noix : le carpocapse et la mouche du brou.

Réduire l’utilisation des pesticides de 50 % à l’horizon 2025, c’est l’objectif du plan Ecophyto. Parmi les actions majeures, les réseaux  DEPHY ont pour but de tester, de valoriser et de déployer les techniques et systèmes agricoles réduisant l’usage des produits phytosanitaires.

Avec plus de 3 000 exploitations agricoles engagées au niveau national, les réseaux Dephy sont un véritable succès. En Dordogne, le réseau Dephy noix a réalisé de nombreux essais pour lutter contre le Carpocapse et la mouche du Brou. 12 exploitations participent, l’animation est assurée en lien avec la Chambre d’agriculture de Dordogne et des chercheurs en agronomie.  

Principal ravageur du noyer, le carpocapse est un véritable fléau. Il peut occasionner jusqu’à 30% de pertes sur l’exploitation. Pire, le dérèglement du climat accélère leur cycle de reproduction et prolonge l’activité du carpocapse. Avec l’échec des méthodes chimiques traditionnelles et les nouvelles règlementations en la matière, il était urgent de trouver des alternatives efficaces et respectueuses de l’environnement. Parmi les mesures testées, la confusion sexuelle, qui vise à saturer le verger en phéromones semble la plus prometteuse. 

La TIS, Technique de l’Insecte Stérile : Elle consiste à élever des mâles de carpocapse stériles et les libérer sur le verger. Résultat, la concurrence avec les autres mâles permet de diminuer durablement la pression de ce ravageur.

Apparue au début des années 2000, la mouche du brou est aujourd’hui sous surveillance rapprochée. Avec un effet dévastateur sur les cultures, elle est surtout devenue résistante aux molécules chimiques habituellement utilisées. Dans cette lutte inégale, le réseau Dephy a mis en place des méthodes de lutte radicales. Cette plaque jaune pendue aux branches des noyers semble être la réponse la plus adaptée. L’objectif ? Effectuer un piégeage massif sur la culture. Cet attractif alimentaire couplé à un insecticide est posé le plus haut possible sur les arbres. Mais problème, le piège n’est pas sélectif et impacte l’ensemble de la faune auxiliaire. En bio, elle devrait bientôt être réautorisée. C’est pourquoi le groupe Dephy Dordogne a fait  des démonstration à Saint Cyprien ( Vallée de Dordogne) en 2019 mis en place une autre technique, la pulvérisation d’argile. Véritable barrière minérale, elle perturbe le comportement des ravageurs et protège les cultures du soleil. Enfin, les tests sur les plaques à phéromones semblent également être une piste intéressante et font aujourd’hui l’objet des premiers essais grandeur nature en vergers 

La culture du noyer dans le sud ouest a encore de beaux jours devant elle. Pour faire face aux défis environnementaux et économiques, une station d’expérimentation réalise depuis plus de 30 ans des travaux au service de la filière nucicole a été mise en place dans le village de Creysse dans le lot. 

La Station est une source de références mais surtout un lieu d’échange qui donne à la production de noix l’élan et la pérennité dont elle a besoin.

Des haies dans les vignes

L’agroforesterie gagne du terrain

Dans une perspective d’agroforesterie, les viticulteurs et maisons de Cognac expérimentent la reconstitution de haies autour des vignobles. Ils projettent également de planter des arbres sur certaines parcelles, d’en conserver d’autres en jachères et même d’étudier des cultures secondaires. La culture de variétés de plantes utiles entre les rangs de vigne, peut également être considérée comme un type d’agroforesterie élémentaire qui tend à se généraliser. 

L’agroforesterie consiste à associer l’agriculture et la plantation d’arbres, de cultures et (ou) d’animaux sur la même parcelle. L’INRAE (l’Institut National de Recherche en Agriculture, alimentation et Environnement) a démontré qu’une parcelle agroforestière de 100 hectares pouvait produire autant de biomasse (bois et produits agricoles) qu’une parcelle de 136 hectares où arbres et cultures auraient été séparés, soit un gain de 36 %. Dans le Cognac, les producteurs sont sensibles à cette approche qui permet d’entretenir les sols tout en améliorant la biodiversité et la qualité des paysages et certains y ont déjà recours.  

Même si on ne peut la qualifier d’agroforesterie au sens strict, du fait de l’absence de plantation d’arbres, une première piste d’action concerne le couvert végétal entre les rangs de vignes. Les viticulteurs du Cognac utilisent progressivement cette seconde culture associée à celle de la vigne. L’herbe est semée, tondue et utilisée comme engrais vert tandis que les graines récoltées servent de semence pour l’année suivante. Plusieurs mélanges de plantes ont été élaborés par des semenciers pour enrichir la terre et contribuer ainsi à renforcer la vigne : un premier comprenant radis fourrager, avoine rude, vesce de Narbonne, vesce velue, assure une protection hivernale du sol efficace grâce à sa forte biomasse , un second composé de radis fourrager, avoine rude, seigle forestier, vesce velue, permet de réduire la pression de court-noué. Mais les viticulteurs de Cognac testent et développent aussi leurs propres mélanges variétaux à base d’avoine, de féveroles, de trèfle… pour protéger les sols contre l’érosion et le lessivage, aider à la maîtrise des adventices, contribuer à la « décompaction » du sol et la stimulation de son activité biologique. 

Deuxième voie : replanter des haies. L’arrachage pratiqué dans le passé pour faciliter le travail dans les vignes, est aujourd’hui stoppé dans le Cognac. Et certains exploitants replantent des centaines de mètres de haies avec plusieurs objectifs : isoler les parcelles pour éviter la dérive aérienne lors des pulvérisations et reconstituer la biodiversité en attirant les oiseaux et autres animaux. 

Troisième piste, le maintien en jachère des parcelles après l’arrachage des vignes, qui est une obligation réglementaire mais, avec des couverts fleuris par exemple. 

Il favorise l’installation de ruches à proximité de la vigne. Ces zones se prêtent également à l’implantation d’arbres pouvant fournir une seconde culture, comme les chênes truffiers. Les plantations d’arbres servent aussi à créer des puits de carbone pour piéger le CO2. 

Ces évolutions sont parfois encore au stade des expérimentations dans le Cognac mais les viticulteurs expriment leur volonté de développer l’agroforesterie. Leur travail sur les haies en est une belle illustration.

UN MODÈLE HOLISTIQUE 

Chez Martell, Bernard Pineau, responsable de la viticulture durable pour Martell Mumm Perrier-Jouëtmène une réflexion sur l’agroécologie, parmi lesquelles l’agroforesterie. « Ce sont des sujets que nous regardons de près. Depuis 2012, nous travaillons à la restauration et la favorisation de la biodiversité ainsi qu’à la protection des sols. Cela passe par la plantation de haies, la reconstitution de trames verte des expérimentations autour des engrais verts et la vie des sols », souligne-t-il. « Mais il ne faut pas confondre plantation d’arbres ou de haies et agroforesterie. L’agroforesterie est une approche holistique et complète de l’agriculture. Aujourd’hui, à nous de voir en mettant en place des parcelles expérimentales si cela est possible à l’échelle de notre appellation.» 

HAIES POUR LA BIODIVERSITE 

« Nous avons planté 770 mètres de haies autour de parcelles proches de voisins », indique Elodie Miremont, directrice des Domaines Viticoles de Camus. « Nous travaillons avec l’association Prom’Haies qui nous conseille sur le choix des variétés et nous bénéficions d’une aide de la région Nouvelle-Aquitaine ». Pour elle, malgré le travail supplémentaire de taille des haies, cet embryon  d’agroforesterie se justifie par la volonté de protéger la biodiversité. Elodie Miremont ajoute que cinq ruches ont été installées dans une parcelle proche des vignes. 

CHÊNES TRUFFIERS 

De son côté, Stéphane Leclerc, responsable technique des Vignobles Thomas, mentionne « le projet de planter des chênes truffiers pour diversifier la production et enrichir le paysage ». Ces arbres pourraient être situés sur des parcelles proches de celles des vignes. « Nous envisageons environ 1,4 hectare de chênes truffiers », précise-t-il. Autre solution pour améliorer la biodiversité, le maintien en jachère de parcelles proches de riverains. 

GÉNÉRER DE L’ENGRAIS VERT 

« Nous gérons la rotation interculture après l’arrachage de vignes. Nous réalisons des cultures de céréales pour assainir les sols », explique Pierre Boyer maître de chai et responsable d’exploitation de la maison Hine. « Nous maintenons aussi toutes les haies existantes ainsi que les arbres alors que, il y a peu, la tendance était à l’arrachage pour faciliter les interventions sur les vignes ». Pour Pierre Boyer, l’essentiel de l’agroforesterie qui fait sens en viticulture est « l’implantation de couverts dans le centre des rangs qui génère de l’engrais vert mais qui permet également de récupérer de la semence pour renouveler les couverts d’une année sur l’autre. On couple ainsi deux cultures ». 

Découvrez le dico de l’agroécologie !

Pourquoi un dictionnaire dédié à l’Agroécologie ?

Sujet d’actualité aux contours flous, parfois sujet à controverse, fortement médiatisé, l’agroécologie revêt plusieurs dimensions. C’est à la fois un mouvement social, un modèle agricole souvent associé à une agriculture écologiquement et socialement plus responsable et un domaine scientifique. Ce dictionnaire d’agroécologie a été conçu pour définir les contours sémantiques de ce domaine et permettre au plus grand nombre d’en comprendre les enjeux et les pratiques.

Véritable outil d’appui à la Transition agroécologique, son contenu validé par un panel interdisciplinaire de chercheurs fournit de la connaissance mobilisable par les acteurs agricoles désireux de faire évoluer leurs pratiques pour s’engager dans une agriculture performante, plus respectueuse de l’environnement et socialement plus juste.

Un dictionnaire accessible à tous

Son édition en ligne permet une consultation libre et gratuite. Sa structuration et son organisation offrent différents niveaux de lecture et en font un outil dynamique grâce aux images, aux vidéos, aux interviews d’auteur et aux infographies.
Il s’agit également d’un outil évolutif qui doit permettre à d’autres acteurs et territoires de s’en emparer et de participer à son enrichissement en commentant les définitions ou en proposant d’autres termes à définir.

Né d’un dispositif de veille territoriale …

En 2013, Véronique Batifol-Garandel et Marie-Colette Fauré (Inra, Toulouse) mettent en œuvre, à l’échelle de la région Midi-Pyrénées, un dispositif de veille territoriale sur l’Agroécologie. Les informations traquées à partir de sources scientifiques, règlementaires, associatives, administratives … issues de pages Web, de sites internet, de flux RSS, de blogs, de la presse générale et spécialisée, …, sont collectées, analysées puis validées.
Ce travail a permis de capitaliser plus de 300 termes qui définissent à partir de l’observation et de l’analyse des pratiques de terrain, les différents champs liés au domaine de l’agroécologie. Ils constituent une ressource terminologique qui méritait d’être organisée et diffusée. De ce constat est né le projet de dictionnaire d’Agroécologie.

Outil et produit d’animation scientifique

Pour clarifier les entrées terminologiques et bénéficier du support scientifiques nécessaire à son développement, le projet de dictionnaire a été très vite adossé à un projet scientifique, le projet PSDR « Accompagnement des transformations Agroécologiques – Recherche ingénierique » (Atari) coordonné par Laurent Hazard (Inra, Toulouse).

Chaque définition est rédigée par un expert scientifique. Un ensemble de premiers termes ont été rédigés par des chercheurs des Unités mixtes de Recherche du centre Inra de Toulouse (UMRs AGIR; DYNAFOR et GenPhyse). Certaines définitions ont aussi associé des étudiants en 4ème année de l’EcolePlaquette Dico d’ingénieurs de Purpan de Toulouse, parcours « Agricultures et développement durable » et en 3ème année de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse, spécialisation AGREST « AGRoEcologie du Système de production au Territoire ».

Lors de séminaires mensuels d’animation scientifique, les définitions sont mises en débat favorisant ainsi les échanges interdisciplinaires sur les termes ou concepts de l’agroécologie… .Tout chercheur intéressé peut ainsi contribuer à améliorer les premiers écrits. Une fois validée collectivement, la définition est mise en ligne.
Des éléments visuels complémentaires (vidéos, interviews d’auteurs, infographies) lui sont associés pour faciliter sa compréhension. Cette approche originale, pensée dès la conception du dictionnaire est conduite avec des étudiants en « Réalisation » de l’École Supérieure Nationale d’Audiovisuel (ENSAV).

Merci au dico de l’agroécologie :

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Agroforesterie : l’arbre source de fertilité

Agroforesterie : l’arbre source de fertilité from Miamedia TV on Vimeo.

L’agroforesterie désigne les pratiques, nouvelles ou historiques, associant arbres, cultures et-ou animaux sur une même parcelle agricole. Ces pratiques permettent une meilleure fertilité des sols, notamment par sa capacité à stocker en continu le carbone nécessaire aux cultures et à favoriser la présence de micro-organismes, véritables artisans de la fertilité des sols.

Plantation de haies en milieu viticole

Plantation de haies en milieu viticole from Miamedia TV on Vimeo.

Suite à une mission de stage pour étudier les bienfaits et les avantages dans l’environnement de la plantation de haie en milieu viticole à la FDC33 (Fédération Départementale des Chasseurs de Gironde) Valentin Hermouet, ingénieur agronome nous explique ce projet de stage devenu une action portée par la fédération.

Le but principal du projet expliqué par Valentin Hermouet est de recréer des conditions environnementales et des continuités écologiques dans les vignobles et de favoriser les intérêts communs des chasseurs et des viticulteurs. Ces haies vont permettre de créer des corridors écologiques naturellement et ainsi aider le déplacement de la faune et l’implantation de sites de nidification pour les oiseaux ou les espèces migratoires. D’un côté pour les chasseurs, il y a un intérêt cynégétique pour le renouvellement de la flore et de la faune en recréant un écosystème pérenne pour la chasse. Un intérêt agronomique également pour aider le développement d’autres espèces qui favorise le développement des vignes ou l’environnement en général tel que les espèces migratoires ou protégées.

Un autre point fort qui se dégage de cette démarche de plantation de haie dans les vignes est l’intérêt sociétal. Les haies sont une barrière physique pour protéger les sites sensibles tels que les écoles, les crèches, les terrains sportifs lors des traitements des viticulteurs de leurs terrains avec leurs produits phytosanitaires.

Les objectifs de ce projet représente la plantation de 7 km de haies jusqu’à décembre 2018. Le projet est entre de bonnes mains et en plein développement depuis octobre 2017. La biodiversité étant le maître mot de ce projet, L’engouement est au rendez-vous autour de la plantation de haie en milieu viticole.

Malgré les quelques contraintes suscitées par la plantation de haie par les viticulteurs dans leurs exploitations, la plupart des autres acteurs (chasseurs, communautés, …)  restent néanmoins enthousiaste pour ce projet. On craint surtout les coûts d’entretien des haies et le coût de l’espace utilisé par les haies à la place des vignes.

Au final, ce projet est inscrit dans une démarche pour améliorer les systèmes de cultures dans le sens des viticulteurs et aussi contribuer à la chasse pour les adhérents de la Fédération Départementale des Chasseurs de Gironde.

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Fédération départementale des chasseurs de la Gironde

Agroforesterie à la ferme de la Durette

Un projet de ferme expérimentale en agriculture biologique

La Ferme de la Durette est un projet de recherche expérimentale en agriculture biologique. Après plusieurs années de co-conception qui ont réuni des agriculteurs et de nombreux animateurs de projets, des systèmes innovants de verger maraîcher ont été installés sur cette ferme pilote en ceinture verte d’Avignon dans le sud-est de la France.

Agroforesterie : l’impact des arbres sur la production légumière

L’agroforesterie soutenue par la Fondation de France

Depuis un siècle, la dépendance des agriculteurs vis-à-vis des intrants (engrais minéral, pesticides, herbicides) s’est grandement accrue. Cependant, ils perturbent le fonctionnement naturel de l’agroécosystème et entrainent des phénomènes de résistances de plus en plus fréquents.