La méthode sandwich : régalez votre terre

Arbo : la méthode sandwich en vidéo

 

Le GRAB et l’atelier paysan se sont associés pour expérimenter du matériel adapté à la gestion d’un verger biologique et accessible à tous les agriculteurs en auto-construction.

Un outil sandwich

Cet outil dit sandwich maintient un enherbement central (favorable à la biodiversité) tout en réduisant significativement la concurrence. Il permet ainsi de relever le défi de la gestion de l’enherbement sur le rang.

 Définition du système sandwich selon le FiBL (Institut de recherche bio suisse) :
Il s’agit d’une bande enherbée, ensemencée ou plantée, non travaillée de 25 à 40 cm de largeur sur la ligne des arbres, entourée de chaque côté d’une bande travaillée de 40 à 50 cm de largeur.
La surface ouverte sur les deux côtés, est équivalente à celle obtenue avec le système d’entretien traditionnel.
Pour compenser la concurrence de la bande enherbée du milieu, les racines de l’arbre se concentrent dans les bandes latérales travaillées (pas de concurrence).

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Avantages et inconvénients du système sandwich avec la piloselle

Avantages Inconvénients :

  • Maintien d’une bonne structure du sol
  • Augmentation de la biomasse microbienne, enrichissement en humus et amélioration de l’activité biologique du sol
  • Augmentation de la biodiversité floristique favorable aux auxiliaires
  • La piloselle freine fortement le liseron, le chiendent et les autres adventices (effet allélopathique)
  • Même croissance des arbres qu’avec sarclage traditionnel
  • Pas de rejet près du tronc provoqué par le travail du sol
  • Evite le travail entre les arbres (suppression de blessures des troncs par les outils ou les machines)
  • Diminution des coûts et rationalisation du travail Caractéristiques de la piloselle
  • Semences très petites, taux de germination de 80% pour des graines de l’année précédente
  • Plante vivace se propageant par ses stolons
  • Feuilles basales en rosette formant un tapis dense
  • Atteint env. 3-5 cm de hauteur et les hampes florales env.15-20 cm
  • Aime la pleine lumière, les sols maigres, peu acides et plutôt séchards, mais supporte les arrosages au goutte à goutte si le sol est bien drainé
  • Peut cohabiter favorablement avec d’autres plantes comme les trèfles, les géraniums, les potentilles
  • Effet allélopathique inhibant la germination et le développement d’autres plantes, cet effet peut varier selon les espèces végétales en présence et les conditions pédo-climatiques
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o Plantation en avril jusqu’à fin août si arrosage ou jusqu’à mi- octobre

o Densité : 3 plants mottés par mètre linéaire. La plantation en ligne simple suffit.

o On peut aussi replanter des mottes prélevées sur les plantations plus anciennes.

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Entretien en période d’installation :

o Faucher 1 à 2 fois en fonction du développement des mauvaises herbes, au-dessus des feuilles de la piloselle (en évitant de préférence les 2 périodes de floraison de la piloselle)

o Supprimer les graminées à fort développement

 

Merci au GRAB pour la diffusion de cette vidéo :logo-GRAB

 

Chaudière à bois : une énergie adaptée pour les agriculteurs

 

Chaudière à copeaux from Miamedia TV on Vimeo.
Laurent Chaubert, agriculteur à Puidoux, a installé une chaudière à copeaux sur son exploitation. L’objectif de cette démarche est avant tout d’augmenter son autonomie énergétique tout en valorisant une ressource existante sur son terrain. 

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Une fois abattus, les arbres sont ébranchés, puis broyés pour cinq francs le mètre cube. Les copeaux doivent ensuite être séchés puis amené à la chaudière. Pour un agriculteur, la logistique nécessaire au stockage des copeaux et à l’alimentation de la chaudière n’est pas vraiment un problème comme l’explique Laurent:

La mise en place d’une chaudière à copeaux offre une grande indépendance en source d’énergie. En plus d’alléger ses charges énergétiques, Laurent Chaubert est moins dépendant des variations du coût des hydrocarbures, ce qui lui permet d’augmenter sa résilience en temps de crise.

Avec l’installation d’un silo de stockage et de séchage, le bénéfice du passage aux copeaux de bois n’est pas immédiat, mais est un investissement qui porte ses fruits sur le long terme. Cette démarche s’inscrit également dans une réflexion de durabilité et d’autosuffisance.

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1 UNE ENERGIE COMPETITIVE

Tout d’abord, le bois est un combustible bon marché.

D’après Quercy Energies

De plus, des aides publiques sont accordées aux particuliers pour l’acquisition du matériel et son installation (taux réduit de TVA à 5,5 pour l’achat d’une chaudière à bois et des radiateurs, réduction d’impôt à raison de 40% des dépenses TTC, subvention possible de l’ANAH).

 

2 UNE ENERGIE POUR LE DEVELOPPEMENT LOCAL

A consommation égale, l’énergie bois crée en moyenne 4 fois plus d’activités que le gaz ou le pétrole. Ces emplois contribuent directement au soutien d’activités locales.
De plus, elle participe à la valorisation du patrimoine forestier en ouvrant de nouveaux débouchés à des produits difficilement utilisables par ailleurs.

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3 UNE ENERGIE PROPRE

L’utilisation énergétique du bois n’entraîne pas de destockage de carbone, et permet ainsi de réduire les émissions de gaz carbonique en se substituant à la combustion d’énergies fossiles. Par ailleurs, les chaudières actuelles respectent les normes de rejets polluants dans l’atmosphère grâce à des systèmes performants de filtrage ou de lavage des gaz de combustion.

 

 

Electricité : base

0,11 €/kWh

Propane

0,08 €/kWh

Fioul domestique

0,047 €/kWh

Gaz naturel

0,038 €/kWh

Bois (Très variable en fonction du type de combustible)

 

Environ 0,02 €/kWh

4 UNE ENERGIE REGIONALE ET ABONDANTE

3ème région de France en surface de forêts, Midi-Pyrénées dispose d’une surface boisée de 1 156 000 hectares, à dominante de feuillus avec une proportion de taillis sous exploités et vieillis. Elle connaît un accroissement annuel de 3 m3/ha/an.

Taux de boisement de Midi-Pyrénées

Source : CRPF

La forêt publique occupe 18% de la surface. La forêt privée occupe 82% soit 941 780 et concerne 338 000 propriétaires.
La forêt paysanne était estimée en 2002 à 425 000 ha et appartenait à 66 000 agriculteurs. Une configuration en parcelles très morcelées (surface moyenne de 2.8 ha) handicape la mise en valeur et la mobilisation du bois.
Ces chiffres ne tiennent pas compte des espaces boisées non forestiers composés de haies, bosquets, bandes boisées qui constituent un gisement d’une valeur économique non négligeable pour le monde agricole.

Ressource renouvelable, créatrice d’emploi et respectueuse de l’environnement, la valorisation du bois représente un atout considérable pour le développement local et l’entretien du territoire.

 

Miamedia est le spécialiste de la communication agricole. Un projet de recherche en agriculture à valoriser ? Contactez-nous !

Resto à la ferme : mode d’emploi

TAPAS – 4 from Miamedia TV on Vimeo.

BRUNCH-3 from Miamedia TV on Vimeo.

Les marchés agricoles sont fluctuants et les revenus d’une exploitation peuvent subir des variations importantes. Face à cette instabilité économique, des agriculteurs Vaudois ont trouvé des solutions innovantes et originales pour commercialiser différemment. C’est le cas de Yannick Passas, qui gère une exploitation viticole de 15 Ha en biodynamie. Depuis 2009, il a ouvert sa ferme au public et y organise de nombreux événements.

Après avoir créé la marque MM la maison du moulin, il organise des événements ciblés pour attirer la clientèle. Malgré la localisation du domaine, Yannick et ses collaborateurs ont su attirer et créer une communauté d’habitués. Il offre à ses clients une variété d’évènements tels que les soirées tapas du vendredi afin d’accompagner la dégustation de ses vins ou les brunchs et marché aux légumes du samedi matin.

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La démarche de Yannick offre à son public une vision et un partage de son domaine. En se rapprochant du consommateur il peut expliquer ses méthodes et ses convictions et répondre précisément à leur question, fidélisant ainsi les clients. Plus qu’un domaine viticole, la maison du moulin est un lieu d’échange. Une manière de consommer autrement.

Avec cette démarche, Yannick a dû acquérir de nouvelles compétences, tant au niveau marketing que communication. Il a également dû apprendre une nouvelle gestion des stocks et du temps.

Grâce à ces événements, Yannick a permis de diversifié ses canaux de vente et son chiffre d’affaire. Il a surtout diminué la dépendance de son exploitation face aux acheteurs et appris à valoriser son vin au mieux. Mais il ne compte pas s’arrêter là : de nombreux partenariats ont vu le jour comme l’installation d’une borne de recharge pour voiture électrique Tesla, un atout marketing qui fait connaître le domaine..

La mise en place d’accueil et d’activités en lien avec l’agriculture se sont de plus en plus développées ces dernières années. C’est le choix qu’a fait la famille Cretegny. Depuis une trentaine d’années, elle accueille petits et grands dans sa ferme. Les activités offertes vont de l’organisation d’anniversaire aux brunchs en passant par l’école à la ferme.

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Les raisons qui ont poussé à développer l’agritourisme sont au départ purement économique. Il a fallu trouver une nouvelle source de revenu, sans avoir besoin de quitter de domaine familial. L’agritourisme est une évidence, la famille aime la cuisine, et le contact avec le consommateur

En 2000, la famille Cretegny prend un nouveau tournant avec la transformation de l’ancienne étable en lieu d’accueil, après l’abondant du bétail. A l’offre déjà existante vient s’ajouter au fils des ans l’organisation d’anniversaires et des camps à la ferme, des brunchs le dimanche et repas,  la transformation du marché en self-service et répondre ainsi à une demande de plus en plus importante. Il a donc fallu acquérir de nouvelles compétences.

Il a fallu se former acquérir des licences dans la restauration et œnotourisme, ce qui implique une certaine rigueur de travail. Malgré les coûts, cette démarche a permis à la famille Cretegny d’avoir une autre source de revenu et de maintenir le domaine agricole. De rapprocher consommateur et producteur, ainsi donc de reconnecter les citadins au monde agricole. De créer une économie locale et de valoriser l’entier de l’exploitation agricole

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Agritourisme à la ferme :

quelles options ?

L’accueil à la ferme bénéficie d’un statut moins contraignant que l’hotellerie, justement parce qu’il vient compléter une activité agricole. Il y a bien sûr des seuils à respecter pour ne pas basculer dans le régime de l’hotellerie. La réglementation est aussi différente selon le type d’accueil qui est pratiqué : gîte (meublé de tourisme ou gîte d’étape), chambre d’hôte, table d’hôte, ferme auberge et camping.

Gîte rural

Les gîtes sont des appartements/maisons loués entièrement meublés et indépendants (salle de bain, cuisine…). Ils sont généralement loués à la semaine ou sur des courts séjours en hors saison. Cette forme d’accueil est celle qui nécessite le moins de temps de travail, ce temps se concentrant le samedi, jour d’arrivée et des départs.

  • Gîte d’Accueil Paysan : Le gîte doit se situer à proximité de l’habitation principale. La recherche de temps de rencontre et la convivialité sont au cœur de cette formule d’hébergement qui laisse toutefois une grande autonomie.

Chambres d’hôte

Elles doivent être chez l’habitant (directement dans la maison ou dans le corps de ferme). Une salle de bains peut être utilisée par les hébergés de deux ou trois chambres.

Une même ferme doit posséder moins de 5 chambres et  moins de 15 personnes pour rester dans la classification « chambre d’hôtes ». L’hébergeur est tenu d’assurer le petit déjeuner et de fournir du linge de lit. Ce type d’accueil se caractérise par des courts séjours (les personnes restent en moyenne 3 nuits sur un même lieu), et un temps de travail important. Les personnes venant en chambres d’hôtes ont une attente très forte d’échange et d’accueil. L’organisation des réservations doit être précise.

  • Chambres d’Accueil Paysan : elle doit posséder un niveau de confort conforme à l’habitat local et doit être le reflet des activités, des manières de vivre de l’accueillant. Si celui-ci est un producteur, ce système d’accueil doit permettre la valorisation de son métier qu’il fait découvrir et le conforte dans les valeurs qu’il représente, ainsi que la valorisation du fruit de son travail par la vente de ses produits. Si l’accueillant est acteur rural, il fera la promotion des produits paysans de la région.
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Tables d’hôte

La dénomination « tables d’hôtes », par opposition à l’auberge, est réservée aux repas pour les personnes qui dorment  sur place. Ce doit être un repas unique (pas de menu, service unique), à la table familiale, le nombre de personnes ne doit pas dépasser 15 personnes, la cuisine doit être fonctionnelle sans répondre aux normes de la restauration « classique ». Pour les fermes isolées proposant des chambres d’hôtes, il est souhaitable de proposer cette formule aux hôtes qui souhaitent souvent rester sur place le soir.

  • Table d’Accueil Paysan avec hébergement : les aliments doivent majoritairement provenir de la ferme ou des fermes alentours
  • Table d’Accueil Paysan  sans hébergement : Cette formule est propre au label Accueil Paysan et a été acceptée par la Répression des Fraudes nationales lors des modifications des cahiers de charges. Elle est réservée aux agriculteurs inscrits à la MSA. Le paysan n’accueillera à sa table pas plus de 15 personnes en servant majoritairement les produits de sa ferme.

Fermes Auberges

Elles sont soumises aux mêmes normes sanitaires que la restauration (à voir avec la DSV). 75 à 80 % des produits servis doivent être issus de la ferme et des fermes voisines.

  • Auberge paysanne d’Accueil Paysan : L’accueillant doit être disponible pour les dialogues et les échanges, sans pour cela partager le repas avec les accueillis. Le paysan valorise ses propres produits à la table de l’auberge. Le reste des ingrédients proposés seront issus de produits locaux et qui correspondent au cahier des charges des « produits paysans ».
  • Auberge du pays d’Accueil Paysan : sont concernés les adhérents non inscrits à la MSA. L’aubergiste s’approvisionne chez les producteurs locaux pour les ingrédients de base de ses repas. Il valorise ainsi les produits issus des fermes de proximité dont il garantit la qualité sanitaire et gustative. Par là même il fait la promotion des produits paysans de sa région et en indique la provenance sous forme d’affiches ou dépliants. Avec cette synergie solidaire nécessaire entre le monde rural et paysan, l’aubergiste correspond à la Charte.

Gîtes d’étape

Hébergement fonctionnel mais simple (souvent des petits dortoirs, une salle d’eau à partager…) aux tarifs modérés. Les personnes restent 2 à 3 nuits et viennent en gîte d’étape dans un objectif d’activité à pratiquer (randonnées…). En ce qui concerne les normes de sécurité, la notion de gîte de groupe peut poser des problèmes face à la réglementation incendie. Les dortoirs doivent, dans certains cas, être équipés comme des établissements recevant du public (alarme incendie, évacuation…).

  • Relais d’Accueil Paysan : le lieu d’accueil doit être situé au plus près de l’habitation principal,  il est obligatoire de mettre une cuisine en gestion libre en complément à la table d’accueil paysan, dans un souci de diminuer les coûts pour l’accueilli.
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Campings

En-deça de 7 emplacements, le camping doit faire l’objet d’une déclaration en mairie. Il est dit « camping déclaratif » car ouverture sur déclaration préalable en Mairie : interdiction d’implanter des habitats légers de loisir (HLL), obligation d’avoir un point d’eau avec douche, toilettes, lavabos, eau potable et assainissement. Ce bloc sanitaire peut être dans l’habitation principale.

A partir de 7 emplacements, une demande de permis de construire et une déclaration en Préfecture sont obligatoires. Il existe deux types de camping (de 7 à 25 emplacements) :
l’aire naturelle de camping : ouverte 6 à 7 mois par an. Par exemple : une pâture servant aux bêtes 4 mois/ an et le reste du temps en aire de camping. Le terrain doit pouvoir garder son caractère agricole.
le camping permanent.

Dans ces deux cas de camping déclaré en Préfecture, 30% des emplacements peuvent être des habitations légères de loisirs : caravane, mobil-home, yourte, chalet amovible.

  • Camping et aire naturelle d’Accueil Paysan : ils se situent tout naturellement à proximité de l’habitation principale de l’accueillant. Ce dernier propose les produits de sa ferme ou de son potager ainsi que d’autres produits paysans du terroir local. Dans ce cas, il doit en faire connaître la provenance à ses hôtes. L’accueillant doit faire preuve d’un réel désir de faire connaître son métier ses activités, de partager son savoir et son savoir faire.

Vidéos financées par la DGAV du Canton de Vaud et réalisées par miamedia. Textes « accueil à la ferme » proposé par l’ADEAR et l’association Accueil Paysan. 

 

Résilience paysanne : comment développer le self-service ?

Vente directe et self service en agriculture : l’exemple suisse. from Miamedia TV on Vimeo.
En reportage dans le Canton de Vaud, en Suisse, il n’est pas rare d’y croiser des self service chez les agriculteurs. Frigidaire à lait, self directement sur l’exploitation, petit magasin de village, le self est à la mode et permet aux agriculteurs de la région de réaliser des ventes en local et avec un temps de travail et de disponibilité limité.

Dans cette vidéo réalisée pour la Direction Générale Agricole du canton de Vaud, nous vous présentons le self du village de Puidoux monté par un collectif d’agriculteurs innovants.

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Si la pratique, peu couteuse et efficace n’est pas encore souvent mise en place, c’est souvent par peur des vols et par manque de compétences en communication. Mais le numérique pourrait bien changer les mentalités, notamment avec la facilité à prendre en charge les paiements numériques. Le paiement par téléphone notamment, permet aux clients de payer sans avoir de monnaie ni même de carte bancaire. Des systèmes de caméra surveillance peuvent également être utilisé pour prévenir les vols.

Si de plus en plus d’agriculteurs passent sur les réseaux sociaux, c’est aussi parce qu’ils comprennent la possibilité de faire de meilleur marge grâce à la vente directe et donc via la communication. Le self service devrait se développer à mesure que la vente directe augmente.

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Si certains estiment que le « libre service » diminue la rencontre directe entre vendeurs et acheteurs, d’autres arguent du fait que les selfs service étant souvent placés sur l’exploitation, ils permettent au contraire de la remettre symboliquement au centre du circuit.

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Agriculture : Créer son espace de vente directe

Un espace de vente directe innovant a vu le jour en plein centre du village de Puidoux , à une quinzaine de kilomètre de Lausanne. Sur l’initiative de Laurent Chaubert, plusieurs producteurs de la région se sont regroupés pour offrir une diversité de produit locaux à la population.

Le magasin fonctionne en libre-service et est ouvert entre 8 et 20 h tous les jours de la semaine. Les clients ont la possibilité de payer par TWINT ou en cash et le local est maintenant équipé d’une caisse spécifique avec tous les articles enregistrés. 

Afin d’assurer un minimum de surveillance et la bonne conduite du magasin, un système de surveillance caméra a été installé, permettant à Laurent de garder un œil sur son magasin en tout temps via son smartphone.

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Grâce à la collaboration de plusieurs producteurs, l’offre est généreuse et fait le succès de ce self-service. Pain, fromage, œufs, sirop, charcuterie, viande, huile et divers produits de saison sont disponibles.

Le magasin n’est pas à but lucratif et ne prend qu’une marge minimal pour assurer son fonctionnement, ceci afin de rémunérer au mieux les producteurs et d’offrir des prix intéressants pour les consommateurs.

Cette initiative permet ainsi de rapprocher consommateurs et producteurs et de favoriser l’économie circulaire et la consommation locale.

L’ouverture d’un espace directe permet donc de diminuer la dépendance d’un agriculteur face aux acheteurs en diversifiant ses canaux de distribution. Ce faisant, il augmente sa capacité de résilience face aux aléas des marchés. Mais plus encore, ce projet montre que la vente directe peut être un vecteur d’innovation : il a d’ors et déjà permit d’augmenter la diversification de plusieurs exploitations agricoles et de réunir producteurs et consommateurs.  

Vidéo réalisée par Miamedia

Merci à la DGAV pour son éclairage sur le sujet.

Les variétés anciennes : c’est moderne !

 

La résilience de l’agriculture est l’un des cinq objectifs majeurs de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Il est possible de créer des conditions favorables à l’émergence d’innovations. Ainsi, la création d’un ecosystème pluridisciplinaire rendant les interactions entre acteurs de différents horizons (agriculteurs, ingénieurs, distributeurs, économistes, consommateurs, chercheurs et même artistes) permet d’éclairer un besoin sous une multitude d’angles, de partager les idées et de révéler des opportunités. La quantité et la qualité des innovations dépendent grandement du nombre d’erreurs accumulées. Il est donc nécessaire de créer les conditions et de mettre à disposition les outils permettant de tester les idées rapidement et à moindre frais. L’innovation est également un état d’esprit particulier qu’il s’agit de développer et de cultiver.

 

C’est dans ce cadre qu’est né le projet « Résilience paysanne » porté par la DGAV, la Direction Générale Agricole du canton de Vaud, en Suisse.

Première vidéo de ce projet : la culture de variétés anciennes.

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Planter des variétés anciennes pour améliorer la résilience de son exploitation : 

Rendre son exploitation agricole plus autonome voici le pari gagnant que Cédric Chezeaux, agriculteur, et sa famille à Juriens ont décidé de relever.  Après la reprise de la ferme familiale en 2005 et la reconversion de l’exploitation en bio en 2007. Cédric prend  un nouveau tournant majeur et décide d’arrêter l’élevage de vache laitière en 2013

Cédric décide de se tourner vers les variétés rustiques de céréales qui offrent une meilleure adaptation au terroir ainsi qu’aux conditions climatiques. Ces variétés ont également une bien meilleure tolérance face aux maladies et demandent moins de traitements ce qui diminue les coûts de machinisme. De plus, en favorisant les circuits-courts, Cédric arrive à obtenir un prix rémunérateur pour ses différentes productions.

Afin de valoriser ses céréales, Cédric a opté pour la production de farine et s’est équipé d’un moulin Astrié, nom tiré des frères qui l’ont inventé. Ce moulin s’adapte particulièrement bien aux petites structures et produit une farine de qualité. Avec l’arrivée du moulin sur l’exploitation, Cédric à du acquérir de nouvelles compétences.

Pour Cédric Chezeaux, développer de nombreux partenariats avec des artisans boulangers, mais également une étroite collaboration avec d’autres producteurs portés par les mêmes valeurs sont la clé de son succès. 

En développant son projet, Cédric a gagné en autonomie et en liberté, a diversifié sa clientèle créé de nouveaux partenariats. Il s’est ainsi ouvert sur une agriculture correspondant à ses valeurs et pleine de perspective.

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Plus de diversité génétique dans les champs pour une agriculture plus durable

2La diversité génétique devrait jouer un rôle essentiel dans ce modèle, en contribuant à l’adaptabilité et à la résilience face aux stress dans des systèmes à bas intrants [5,6] :

  • les variétés sélectionnées pour leur haute productivité dans des conditions de culture intensive ont peu de chance d’être adaptées à des conditions plus variables, spécialement dans un contexte de réduction des intrants. Il est attendu de la diversité génétique une régularité de la production et une adaptabilité à des conditions changeantes – même si ces prédictions théoriques ont été insuffisamment évaluées en pratique [7] ;
  • la durée de vie des variétés commerciales est de l’ordre de cinq ans, et les gènes de résistance aux maladies sont contournés dès qu’ils sont déployés sur une certaine surface de culture. L’association en mélange de variétés porteuses de gènes de résistance différents, et de façon générale, l’accroissement de la diversité génétique des peuplements, doit permettre d’augmenter la durabilité des résistances [8,9] et de prolonger l’utilisation de ces variétés ;
  • la variabilité génétique des plantes cultivées est susceptible de favoriser la diversité spécifique et infra-spécifique des autres communautés d’un agro-écosystème, et ainsi d’améliorer les services écologiques (contrôle des maladies, régulation des phytophages, symbioses mycorhiziennes, fertilité du sol…).

La réduction des intrants induit plus de différences entre les milieux et entre les conditions de culture, et les environnements pour lesquels on cible la sélection (environnements cibles) deviennent alors trop différents entre eux pour qu’il soit possible de sélectionner une seule variété qui soit performante partout [10,11]. De nombreuses expériences montrent que des génotypes différents répondent différemment lorsqu’on les confronte à des environnements très contrastés (interaction Génotype x Environnement, GxE).

Il convient alors de développer des variétés ou populations adaptées spécifiquement aux conditions locales (environnement, sol, climat, pratiques agricoles, débouchés…) et/ou génétiquement hétérogènes et donc plus adaptables aux milieux différents. Dans ces conditions, on est incapable de prédire la performance des populations et des variétés dans leurs milieux cibles à partir d’une évaluation en conditions optimales (ex : station expérimentale de sélection). C’est pourquoi seules une évaluation et une sélection décentralisées, c’est-à-dire réalisées dans les environnements cibles avec une analyse des interactions GxE, permettront d’identifier les meilleures variétés ou populations pour chaque environnement cible .

Pastoralisme : le retour !

 

Le pastoralisme : un enjeu fondamental pour les territoires

Le pâturage pour dynamiser un paysage, c’est possible ! Dans le sud-ouest de la France, des éleveurs réinvestissent la pratique du pastoralisme sur des surfaces en déprise.

Les avantages du pastoralisme sont nombreux. Tout d’abord, les terres non entretenues favorisent le risque d’incendie. La forêt reprend si vite ses droits qu’elle ferme les paysages. Or, d’après les recherches du Cairn, un changement dans la structuration de la nature a de nombreuses implications économiques et sociales. Tourisme, risque incendie mais aussi tissu social lorsque des zones rural sont enclavées, tous ces secteurs sont impacts par la fermeture des paysages.
En Dordogne, le taux de boisement approche 50% et ce chiffre augmente chaque année. Un équilibre est donc à rechercher et la forêt a besoin d’être entretenue en créant ou en maintenant des espaces ouverts. Et pour ce travail technique, les brebis sont toutes indiquées.

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Pour ce faire, le pastoralisme est la solution idéale. Cette méthode naturelle et non contraignante permet d’entretenir les sols tout en bénéficiant aux éleveurs par l’apport de ressources gratuites. Afin d’organiser et de pérenniser cette pratique ancienne, 5 associations foncières pastorales libres ont vu le jour depuis 2016 en Dordogne .
En effet, le pastoralisme bénéficie aussi aux propriétaires qui ont la possibilité d’entretenir gratuitement leurs parcelles. Le propriétaire conserve son plein usage de son bien hors des périodes de pâturage. Mieux les exploitants agricole bénéficient d’un enrichissement naturel des sols.

Le pastoralisme permet également de dynamiser le territoire. Lors de l’installation d’un troupeau pour la pâture, des emplois sont créés et la richesse du territoire est directement valorisée. Si Christophe et Anne ont quitté la Normandie pour la Dordogne, c’est pour les opportunités d’y développer le pastoralisme.

Parce qu’il réunit propriétaires de terres et agriculteurs, le pastoralisme créé du lien social. L’AFPL intervient pour créer le contact et organiser les pâtures.
Depuis 2018, le projet Brebis-link s’est fixé pour objectif de tester la valeur agronomique du pâturage sur toutes les surfaces dites additionnelles. Outre les surfaces pastorales, les vergers, les vignes, les céréales et les noyers de la région hébergent des ressources fourragères qui présentent un intérêt pour les troupeaux. On observe notamment une baisse de l’utilisation de phytopharmaceutiques et de compléments alimentaires.

Brebis, éleveurs, propriétaires et bien sûr consommateurs, tout le monde est gagnant. Que vous souhaitez accueillir des éleveurs ou faire saturer vos animaux, la Chambre d’agriculture de Dordogne peut vous renseigner et vous accompagner dans vos démarches.

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En France, 60 000 exploitations agricoles valorisent des surfaces pastorales, c’est-à-dire des espaces semi-naturels pâturés. Celles-ci représentent une partie importante des ressources fourragères d’un troupeau. Pour maintenir la valorisation de ces surfaces, les Chambres d’agricultures accompagnent sur le terrain les agriculteurs dans l’évolution des systèmes agricoles et pastoraux en oeuvrant pour la prise en compte des spécificités de chacun.

Dans certains massifs, les surfaces pastorales sont indispensables à l’équilibre alimentaire des troupeaux et donc à la viabilité des exploitations. Au delà de sa place dans l’agriculture, le pastoralisme bénéficie aussi à la collectivité par l’entretien d’espaces agricoles.

Pour revaloriser des zones en déprise agricole et relancer la production ovine, éleveurs et collectivités locales travaillent à une expérimentation de pastoralisme. L’enjeu pour le territoire est à la fois économique, environnemental et social.

Les collectivités se mobilisent pour limiter la déprise agricole et la fermeture du paysage.

La mise en place de la charte forestière Sud Périgord a mis en évidence la fermeture du paysage avec des taux de boisement atteignant jusqu’à 70 % sur certaines communes.

Sollicités par les élus locaux pour répondre à cette préoccupation, l’antenne de la Chambre d’agriculture de Sarlat et le CrDA du Périgord Noir ont engagé des actions capables de recréer du lien et de participer à la redynamisation des territoires.

Des actions similaires sont en cours sur d’autres parties du territoire pour relancer l’activité pastorale.

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La relance du pastoralisme en Dordogne depuis 2011

Une opération test a eu lieu en août 2011, sur les communes de Campagnac et Saint-Pompon.

Ces communes, situées dans le sud du Périgord Noir, ont reçu des troupeaux afin d’observer l’impact du pâturage sur des zones en friches, des landes embroussaillées ou des zones boisées.

Cette opération fut l’occasion de sensibiliser les éleveurs locaux et de démontrer l’intérêt de ces nouvelles pratiques en termes d’engraissement et d’alternative au système céréales traditionnel.

Sur le terrain, les Chambres d’agriculture accompagnent les éleveurs qui utilisent des surfaces pastorales :

  • suivi technico-économique des exploitations, notamment par le biais de diagnostics
  • élaboration de références et d’outils d’aide à la décision
  • organisation de journées techniques et de sensibilisation
  • réalisation d’études sur le pastoralisme

Certaines Chambres d’agriculture accompagnent également les autres gestionnaires d’espaces pastoraux : groupements pastoraux, associations foncières pastorales…

Elles participent par ailleurs à la valorisation des produits issus de la montagne et des zones pastorales par le développement des signes de qualité, des circuits courts…

Qu’est-ce que le pastoralisme ?

Le pastoralisme regroupe l’ensemble des activités d’élevage valorisant par le seul pâturage les ressources fourragères spontanées des espaces naturels. Ces surfaces pastorales assurent tout ou une partie de l’alimentation des troupeaux.
Cette activité de production peut s’exercer sur des surfaces pastorales proches des sièges d’exploitation (parcours et estives locales) ou s’organiser à l’échelle régionale ou interrégionale en ayant recours aux transhumances estivales ou hivernales.
La relation homme-animal-nature est la clef de voûte du système d’élevage pastoral. Les éleveurs et bergers doivent en effet s’appuyer sur des races animales adaptées et sur la complémentarité des milieux et des ressources pastorales pour satisfaire les besoins d’un troupeau.

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40 ans de la loi pastorale française

L’Association française de pastoralisme (AFP) et les Chambres d’agriculture ont organisé le 1er mars 2012 une journée pour les 40 ans de la loi pastorale. Cette journée a permis de dresser des perspectives pour l’avenir du pastoralisme en Europe, notamment sur la prise en compte du pastoralisme dans la future Pac. La loi pastorale a favorisé le maintien et la modernisation des activités pastoraleset permis la création de trois structures innovantes : les Associations Foncières Pastorales, les Groupements Pastoraux et les Conventions pluriannuelles de Pâturage.

En savoir plus : consultez le communiqué et dossier de presse de la journée européenne sur le pastoralisme

Le pastoralisme en chiffres :
  • 60 000 exploitations agricoles
  • près de 2 millions d’hectares valorisés

Vidéos et photos réalisées par miamedia. Un projet de recherche en agriculture à valoriser ? Contactez-nous vite !

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Découvrez le dico de l’agroécologie !

Pourquoi un dictionnaire dédié à l’Agroécologie ?

Sujet d’actualité aux contours flous, parfois sujet à controverse, fortement médiatisé, l’agroécologie revêt plusieurs dimensions. C’est à la fois un mouvement social, un modèle agricole souvent associé à une agriculture écologiquement et socialement plus responsable et un domaine scientifique. Ce dictionnaire d’agroécologie a été conçu pour définir les contours sémantiques de ce domaine et permettre au plus grand nombre d’en comprendre les enjeux et les pratiques.

Véritable outil d’appui à la Transition agroécologique, son contenu validé par un panel interdisciplinaire de chercheurs fournit de la connaissance mobilisable par les acteurs agricoles désireux de faire évoluer leurs pratiques pour s’engager dans une agriculture performante, plus respectueuse de l’environnement et socialement plus juste.

Un dictionnaire accessible à tous

Son édition en ligne permet une consultation libre et gratuite. Sa structuration et son organisation offrent différents niveaux de lecture et en font un outil dynamique grâce aux images, aux vidéos, aux interviews d’auteur et aux infographies.
Il s’agit également d’un outil évolutif qui doit permettre à d’autres acteurs et territoires de s’en emparer et de participer à son enrichissement en commentant les définitions ou en proposant d’autres termes à définir.

Né d’un dispositif de veille territoriale …

En 2013, Véronique Batifol-Garandel et Marie-Colette Fauré (Inra, Toulouse) mettent en œuvre, à l’échelle de la région Midi-Pyrénées, un dispositif de veille territoriale sur l’Agroécologie. Les informations traquées à partir de sources scientifiques, règlementaires, associatives, administratives … issues de pages Web, de sites internet, de flux RSS, de blogs, de la presse générale et spécialisée, …, sont collectées, analysées puis validées.
Ce travail a permis de capitaliser plus de 300 termes qui définissent à partir de l’observation et de l’analyse des pratiques de terrain, les différents champs liés au domaine de l’agroécologie. Ils constituent une ressource terminologique qui méritait d’être organisée et diffusée. De ce constat est né le projet de dictionnaire d’Agroécologie.

Outil et produit d’animation scientifique

Pour clarifier les entrées terminologiques et bénéficier du support scientifiques nécessaire à son développement, le projet de dictionnaire a été très vite adossé à un projet scientifique, le projet PSDR « Accompagnement des transformations Agroécologiques – Recherche ingénierique » (Atari) coordonné par Laurent Hazard (Inra, Toulouse).

Chaque définition est rédigée par un expert scientifique. Un ensemble de premiers termes ont été rédigés par des chercheurs des Unités mixtes de Recherche du centre Inra de Toulouse (UMRs AGIR; DYNAFOR et GenPhyse). Certaines définitions ont aussi associé des étudiants en 4ème année de l’EcolePlaquette Dico d’ingénieurs de Purpan de Toulouse, parcours « Agricultures et développement durable » et en 3ème année de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse, spécialisation AGREST « AGRoEcologie du Système de production au Territoire ».

Lors de séminaires mensuels d’animation scientifique, les définitions sont mises en débat favorisant ainsi les échanges interdisciplinaires sur les termes ou concepts de l’agroécologie… .Tout chercheur intéressé peut ainsi contribuer à améliorer les premiers écrits. Une fois validée collectivement, la définition est mise en ligne.
Des éléments visuels complémentaires (vidéos, interviews d’auteurs, infographies) lui sont associés pour faciliter sa compréhension. Cette approche originale, pensée dès la conception du dictionnaire est conduite avec des étudiants en « Réalisation » de l’École Supérieure Nationale d’Audiovisuel (ENSAV).

Merci au dico de l’agroécologie :

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Loup Vs pastoralisme: le point sur la recherche

Le pastoralisme est-il compatible avec le loup ?

Vidéos choc d’animaux à moitié dévorés, d’éleveurs-chasseurs armés prêts à en découdre, le loup est à Namur et retrouve petit à petit son territoire français… et fait parler de lui. Avec l’évolution du rapport à l’alimentation, à l’agriculture et avec l’avènement d’un dérèglement climatique qui pose de moins en mois question, la population est de plus en plus sensibilisée aux questions sur la nature et son organisation par l’homme. À ce titre, le débat sur le loup est révélateur de certains dilemmes qui peuvent toucher les populations les plus engagées : pour faire simple, les gens veulent le pastoralisme, et ils veulent le loup, mais est-ce bien possible ?

Pour de nombreux éleveurs situés hors des zones où l’on trouve le loup, la question ne fait pas débat : les deux ne sont pas compatibles. Michel, éleveur de brebis en Dordogne le clame haut et fort : si le loup arrive, il arrêtera ! Pourtant, face à la dégradation des paysages de plus en plus fermés et la volonté des consommateurs de valoriser les élevages extensifs, le pastoralisme semble être une solution d’avenir. Le défi du futur est donc simple : il va falloir développer le pastoralisme alors que le territoire du loup est en augmentation en France. Voici quelques points d’information pour rationaliser un débat qui fait souvent polémique. En effet, le pastoralisme a toujours été en contact avec le loup et c’est donc possible. Il semble que la question soit plus nuancée et que le facteur économique soit déterminant.

Le loup, une question de sous ?

Les mesures de protection, nouvelles ou anciennes ont un coût élevé. Or, le seuil de rentabilité à partir duquel la présence d’un berger formé est rentable est de 800 ovins (source : France nature environnement). Dans un secteur où les difficultés sont constantes et risquent d’empirer avec la signature du Ceta, un salaire ou deux de plus fait une énorme différence… différence qui peut s’avérer fatale à l’exploitation, mais surtout décourager les éventuels repreneurs du flambeau pastoraliste.

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Loup VS pastoralisme : quelques chiffres :

Selon les sources (Cerpam – MAP) entre 700 000 et 900 000 ovins pâturent en zones à loups au plus fort de la saison pastorale. Le mouton est donc une composante non négligeable de la disponibilité alimentaire du loup. En période estivale et localement, la part des ongulés domestiques peut monter jusqu’à 40-50% de son régime alimentaire. (moyenne par meute à 16 % environ du régime alimentaire – source ONCFS). Oui,  le loup se nourrit des troupeaux et non pas seulement d’ongulés sauvages. Mais oui aussi, cela n’a pas entamé sérieusement les secteurs ovins et caprins là où le loup est le plus présent. Les Basses Alpes notamment, est un secteur où l’élevage se porte bien.

Plus que l’effectif total de loups, il semble que ce soit l’extension de l’aire de répartition qui soit responsable de la croissance nationale des dommages. La probabilité de rencontre entre le prédateur et de nouveaux troupeaux augmente. Mais bien que continue, cette augmentation des dommages n’est pas régulière dans le temps et dans l’espace.

 

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Les dégâts connexes du loup

Toutes les unités pastorales (UP) exposées au risque de prédation (car situées au sein de l’aire de présence détectée du loup) ne sont pas attaquées d’une part, et parmi celles attaquées, certaines le sont bien plus souvent que d’autres, certaines années ou bien de façon continue.

Si la fréquence des attaques est très variable (en moyenne, 85% des UP touchées ne subissent « qu’une » attaque par an) ces attaques sont souvent très destructrices. Certains élevages en concentrent un nombre bien plus important, soit plus de 10 attaques parfois par an : on parle alors de « foyers d’attaques » pour les exploitations les plus touchées. Ponctuellement, la gravité des attaques peut être accentuée par un effet de « surplus killing » (le prédateur tue plus d’animaux que nécessaire) ou lors d’un dérochement lié à l’affolement du troupeau (jusqu’à 300 ovins précipités d’une barre rocheuse en Mercantour).

À ces pertes constatées et facilement chiffrables, s’ajoutent la part des animaux disparus (probable à chaque attaque), le stress occasionné au restant du troupeau, la baisse de la prise de poids, la baisse de la lactation, de la fertilité ou prolificité qui peut en découler.

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Ainsi, il est évident que le loup fait des dégâts beaucoup plus importants que l’unique chiffre de la mortalité ne révèle pas toujours. Ainsi, un agriculteur de haute Provence a vu une de ses bêtes dévorée (et indemnisée) alors que deux autres, bléssées, ont dues être euthanasiées. Plus, l’agriculteur a dénombré vingt avortements et une trentaine de naissances avancées de trois semaines.

Enfin, la pression de prédation est imprévisible et donc constante ajoutant un stress pour l’éleveur qui se chiffre difficilement. Les indemnisations, si elles ont le mérite d’exister peuvent difficilement remplacer une sélection naturelle faite sur le troupeau par l’éleveur sur plusieurs génération. Un phénotype adapté au terroir ou à la vente mettra du temps à être recréé par l’éleveur. Le plus difficile pour les éleveurs et bergers est donc finalement de travailler avec le risque permanent d’attaque sur leur troupeau, et la tension psychologique qui en découle. La nécessaire mise en place de stratégies et techniques de protection du cheptel, voire la réorganisation du système d’exploitation sont lourdes de contraintes et conséquences. L’impact du loup sur l’élevage se mesure donc aussi au niveau économique, social et psychologique.

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Une évolution face au besoin de développer le pastoralisme ?

Si le loup est une espèce protégée, le dernier plan Loup semble amorcer un léger virage : Ainsi le quatrième plan , « sur le loup et les activités d’élevage », mis en place de 2018 à 2023, se base sur cette évaluation : « Le plan loup a pour objectif d’élaborer une nouvelle méthode de gestion de l’espèce, fondée sur une meilleure connaissance de l’espèce et de ses modes de vies, pour mieux la protéger et permettre également la protection des troupeaux et des éleveurs » (DREAL AuRA 2018) Cette version, comme les précédentes, tente de concilier les objectifs de protection de l’espèce et les attentes des différents acteurs du territoire.

En effet, si le loup est plébiscité par l’opinion publique, le pastoralisme a lui aussi le vent en poupe et devient même de plus en plus une nécessité. L’exode rurale et les difficultés économiques ont détruit le tissu agricole français et les petites exploitations particulières ont diminuées, tout comme la présence de l’homme dans certaines zones. Conséquences : la nature a repris ses droits dans de nombreuses campagnes. Là où les paysages sont fermés, on ne passe plus, que ce soit pour y randonner, pour y travailler ou même pour y chasser. Le feu, en revanche, se régale de ces zones fermées où les herbes et les ronces propagent l’incendie. Et avec le réchauffement climatique, la fermeture des paysages va vite devenir un enjeu fort. Hors, face à ces questions, le pastoralisme est une réponse toute trouvée. Un troupeau a une force d’attaque formidable et permet de garder un paysage entretenu praticable et un coupe-feu efficace.

Il va donc falloir développer le pastoralisme et le faire en présence du loup qui étend son territoire.

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Loup : des indemnisations importantes, mais toujours insuffisantes

Différents soutiens techniques et économiques sont proposés aux élevages confrontés aux risques de prédation. Sont-ils efficaces ? Suffiront-ils à empêcher certains éleveurs touchés de « tout arrêter « ?

L’État français indemnise systématiquement les dégâts des grands prédateurs depuis 1994. Chaque « suspicion d’attaque » signalée par un éleveur ou berger fait l’objet d’un constat établi par un agent formé à cet effet. Les caractéristiques de l’attaque et l’état de la victime sont relevés. Une grille d’analyse permet ensuite de renseigner la cause de mortalité et la responsabilité du loup. De fait, sont indemnisées toutes les victimes de prédations pour lesquelles la responsabilité du loup n’est pas exclue.

Les indemnisations « loup » couvrent les pertes directes selon un barème établi (victimes tuées ou blessées) : elles prennent en charge la valeur de remplacement des animaux. Sont également compensés les pertes indirectes : animaux disparus et pertes de production liées au stress du troupeau. Pourtant, pour de nombreux éleveurs, ce n’est pas suffisant. Déjà parce qu’il n’est pas toujours facile de prouver que le loup est en cause (pas vu, pas pris) mais aussi parce que la construction d’un cheptel est un exercice très long sur la durée et qu’un remplacement pur et simple des individus sélectionnés est tout bonnement impossible. Enfin, le loup peut causer des stress par sa présence sans s’attaquer au troupeau.

L’indemnisation stress existe mais elle est très faible : 0,70 euros par brebis, plafonnée à 300 têtes.De plus , dans le cas où l’éleveur perd l’une de ses meilleures brebis – imaginons qu’elle lui donne deux beaux agneaux par an, il lui sera très difficile, voire impossible, de retrouver une aussi bonne brebis avec l’indemnité. La nouvelle brebis pourrait ne lui donner qu’un seul agneau très faible chaque année. De plus, il arrive que de nouvelles têtes ne s’intègrent pas du tout au troupeau, de sorte que l’éleveur se retrouve avec des brebis isolées.

 

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Mesures d’accompagnements du pastoralisme face au risque de prédation

 

Face aux attaques répétées, la défense s’est rapidement organisée. L’aide au gardiennage, l’achat et l’entretien des chiens de protection, les filets et clôtures sont financés à hauteur de 80 % de l’investissement, 100% pour les analyses de vulnérabilité. Mais là encore, il faut relativiser les aides. Le dressage d’un chien Patou par exemple est un véritable métier dans le métier, qui demande un investissement et un choix de vie que certains ne veulent ou ne peuvent pas forcément faire.

Les éleveurs, d’ailleurs initialement très réticents à l’adoption de mesures de protection, se sont pourtant engagés dans ces démarches à un rythme croissant chaque année.  En 2018, 2 624 dossiers de financement ont été constitués sur 23 départements pour 24.66 M€ engagés (Source DREAL AuRA), soit 5 fois plus que le coût d’indemnisation des brebis .

Le tir, qu’il soit d’effarouchement ou létal fait désormais partie de la panoplie d’outils dont dispose l’éleveur ou le berger pour protéger au quotidien son troupeau. Une décision politique qui s’explique surtout par la volonté de diminuer les coûts des autres moyens de protection.

Enfin, les tirs de loup sont autorisés par arrêté préfectoral. Avec Emmanuel Macron, un nouveau tournant a été pris en ce sens avec une autorisation de prélèvement exceptionnel de 100 loups, près du double de l’année dernière.

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Plus de loups ou un plus grand territoire ?

La population sera de plus en plus régulée, c’est en tout cas le chemin pris par l’actuelle présidence. L’objectif : moins de loup. Pourtant, cela ne va pas forcément diminuer son territoire. Alors que certains indices semblent indiquer sa présence dans le limousin, la Dordogne ou encore la haute vienne, il serait également bientôt aux portes de paris. Sa zone de présence augmente et il semble qu’il ait de moins en moins peur de l’homme, surtout dans les zones ou aucune protection n’est réalisée. Au final, une augmentation de territoire sans augmentation du loup signifierait une augmentation importante des coûts de protection sans pour autant que cela profite aux loups et aux éleveurs. Face à ce défi, certains prônent de nouveau l’éradication du loup à l’état sauvage. Cette solution facile est gratuite ne sera pourtant jamais une solution : l’opinion publique veut le loup ! D’après les derniers sondages Ifop, 76% des Français considèrent le loup comme ayant toute sa place dans la nature en France, et que 80% d’entre eux sont farouchement opposés à son éradication. 6% seulement des personnes interrogées se montrent fermement opposées à sa présence, notamment chez les plus de 65 ans.

Une solution pourrait-elle être de créer une taxe loup ? L’idée serait de générer les revenus nécessaires à la cohabitation du loup et du pastoralisme qui est de fait très complexe et coûteuse tout en impactant concrètement les particuliers financièrement, comme le sont aujourd’hui les agriculteurs concernés.  Peut-on également imaginer de laisser les loups se développer dans les territoires où l’élevage, notamment ovin est moins important et de le contrôler plus durement dans les territoires très dynamiques dans ces secteurs ?

Quoiqu’il en soit, un choix politique devra être fait entre le choix d’un faible nombre de loups sur un grand territoire ou le choix d’une population plus ciblée et plus nombreuse dans des zones très encadrées. Le second choix portera sur le développement du pastoralisme dans les régions où la présence du loup est avérée. Nul doute que le loup fera parler de lui dans les années à venir…

 

 

Agribashing : mythe ou réalité ?

« Ici, on cultive votre futur cancer. «  écrit sur un panneau à l’entrée d’un champ : vous trouvez ça normal ? Si oui, c’est que vous avez êtes probablement atteint d’une maladie devenue courante aujourd’hui : l’agribashing. Si le mot est sur toutes les bouches, c’est bien parce que le phénomène a pris ces dernières années une ampleur controversée, mais très relayée par les médias.  En effet, si les agriculteurs sont bel et bien touchés par le phénomène, ce dernier ne serait-il pas également amplifié par les réseaux sociaux et les questions politiques ? Et si au final, l’agribashing ne serait pas le signe d’un besoin exacerbé de nos sociétés d’avoir accès à l’information, notamment en agriculture ?

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Un panneau d’une rare violence, heureusement plus rare qu’on pourrait le penser…

Agribashing : utilisateurs de phyto autant ciblés que les producteurs ?

 

Oui, les phytosanitaires polluent et sont cancérigènes, en premier lieu pour les agriculteurs eux-mêmes. Des plans pour réduire les phytosanitaires (plan Ecophyto) sont d’ailleurs mis en oeuvre pour diminuer leur utilisation avec un succès très relatif : les ventes de produits phytosanitaires augmentent chaque année. S’il ne s’agit pas ici de remettre en question la potentielle dangerosité de certaines exploitations intensives, il convient de se poser un certain nombre de questions :

Pourquoi dans le secteur agricole, les utilisateurs de produits potentiellement dangereux sont autant, voir plus montrés du doigt que ceux qui les fabriquent ? Pourquoi la révolte contre les produits cancérigènes est-elle plus forte dans le secteur agricole que dans les autres secteurs ? En effet, les sociétés de nettoyage par exemple utilisent des produits chimiques et cancérigènes, mais on trouverait peu approprié d’aller accuser d’empoisonnement une simple femme de chambre. Dans le secteur de l’aéronautique, est-il vraisemblable de s’en prendre au personnel des aéroports ? Autre exemple, est-il juste de s’attaquer aux imprimeurs pour faire cesser la déforestation ? En agriculture , l’agriculteur est tenu comme responsable de l’utilisation mais aussi de l’existence même des produits phytosanitaires qu’il utilise. Un peu comme si le fait d’utiliser des phytos faisait de l’agriculteur un lobbyiste confirmé des produits qu’il utilise. Scoop : la grande majorité des agriculteurs est conscient des dangers de ces produits, à fortiori puisqu’il est le premier à être en contact avec eux, et souvent accompagné de sa famille qui vit en général près des exploitations. S’il les utilise, c’est donc parfois par choix assumé, mais aussi souvent par obligation pour protéger sa subsistance et son emploi. Un militant me dit un jour avec un air avisé : « savez-vous qu’il y a même écrit sur les boites de phytos que c’est bon pour les plantes ? » Signe de l’ignorance du grand public sur ces produits qui, oui, sont bien des médicaments pour les plantes (avec des effets secondaires préjudiciables s’ils sont mal utilisés). Si la révolte contre l’utilisation massive de phytos est juste, c’est donc la cible qu’elle choisit en général qui pose question.

 

Un agriculteur : des agriculteurs

Tous les oeufs dans le même panier ! Si l’agribashing semble battre son plein, c’est peut-être aussi  par méconnaissance du métier d’agriculteur qui a une spécificité : sa variabilité. En fonction du climat, du terroir et avec la nécessité des rotations, chaque année est différence, et chaque exploitation également. En passant à côté d’une parcelle, le néophyte ne pourra pas forcément connaître l’itinéraire technique de l’exploitant. En réalité, il y a des chances qu’il n’y ait pas une goutte de phyto ! En effet, fin 2019, 9,5% de la surface agricole utile des exploitations sont conduits selon le mode de production biologique, soit une parcelle sur dix. Il ne s’agit pas de nier l’utilisation massive sur certaines exploitations, mais de rappeler une évidence : la quantité utilisée est variable et de nombreux agriculteurs conventionnels utilisent très peu de phytos. Enfin, il est à noter que tout produit phytosanitaire acheté doit être utilisé. Cette mesure dont le but est de limiter les réserves et les stocks sauvages qui peuvent être désastreux a comme effet pervers de pousser l’agriculteur à finir son stock alors qu’il n’en a finalement pas eu besoin. Malheureusement, le don de divination n’est pas toujours suffisamment développé chez l’agriculteur qui fait sa commande.

Bien sûr, les actions choc comme ces panneaux posés en bout de champ ont pour objectif de sensibiliser, et il faut le faire. Néanmoins, le faire de cette façon brutale fait-il avancer le débat ? Peut-être, mais cette communication a un effet pervers : faire croire au public que l’agriculteur en général est un pollueur, voire un empoisonneur, un comble pour un métier qui consiste à accompagner dans leur développement des organismes naturels et à nourrir les populations.

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L’agribashing existe-t-il ?

Certains s’interrogent sur la réalité de l’agribashing qui serait juste un phénomène médiatique. En effet, les médias qui aiment attiser les conflits et font leur choux gras des polémiques se sont largement emparés du sujet et ont donné à des actes d’agression envers des agriculteurs une importance supplémentaire, donnant parfois l’impression que le phénomène est global. Quelques chiffres nuancent en effet le phénomène à commencer par celui-ci :

82% des Français aiment leurs agriculteurs

Mais en revanche, lorsque l’on regarde ces mêmes sondages, 52% les jugent «pollueurs», 64% estiment que la profession n’est pas suffisamment attentive à l’environnement et 51% pensent qu’ils n’accordent pas assez d’attention à la sécurité sanitaire. Il semble alors que pour la population, il y a un décalage entre une image très positive « idéalisée » de l’agriculture, mais qui date d’un autre siècle (l’agriculteur dans la nature avec les petits oiseaux) et la réalité moderne. Un agriculteur-entrepreneur en costume avec un smartphone est alors hautement suspect. Un peu comme si l’agriculture n’avait pas le droit d’évoluer et devait rester dans un passé idéalisé. Oui l’agribashing existe donc, mais il concerne les agriculteurs d’aujourd’hui, et non pas l’agriculture en soi, qui reste très largement méconnue et positivement idéalisée. Chez Miamedia, il nous a semblé au cours de nos rencontres avec des gens très éloignés du secteur que l’agribashing est une réalité et on ne compte plus le nombre de petites phrases assassines dirigés sans distinction contre l’ensemble de la profession. Ceux qui connaissent un tant soit peu l’agriculture sont rarement concernés !

L’agribashing : le terme est-il mal choisi ?

Voici d’abord la définition commune du « bashing ». Le terme définit un « dénigrement systématique et répété » qui concerne un individu, une entreprise, un groupe social, un secteur d’activité ou une collectivité, et, par extension, une « forme violente de défoulement », selon Wikipédia. Il évoque également une sorte de jeu, ou une forme de lynchage médiatique, relayé dans les réseaux sociaux. Peut-être que l’agribashing est alors, comme tout phénomène lié aux réseaux sociaux largement exagéré. Les agribasheurs, pour résumer seraient peu nombreux, mais très virulents. Vaut-il mieux alors être critiqué par beaucoup ou haï par peu ? Vaste question. Ce qui est certain, c’est que la violence de certaines agressions, même rares, touche émotionnellement une bonne partie de la profession, qui souffre malgré tout d’un déficit d’image.

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Sortir de l’agribashing :

Depuis l’apparition récente du terme « Agribashing » (2 ans !), des voies se font entendre pour remettre en question l’utilisation du terme. En parlant d’agribashing, on ferait la publicité de l’agribashing, bref, on devient un peu un basheur. Le média-bashing peut alors prendre le relais. Dans cette hypothèse connue, toute communication sur un sujet le valorise et le transmet, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y a aucune campagne contre le suicide : elles se soldent toutes par une augmentation des suicides ! Ainsi la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, qui lors de la conférence de presse d’ouverture du Salon demandera de bannir le mot agribashing.  Il s’agit pour elle de ne pas s’enfermer dans une posture négative, voire de victime, qui n’incite guère à l’action, pour adopter des formes de communication proactive ou positive.
Pour Jacques Jaouen, encore président de la Chambre régionale de Bretagne « Nous observons en effet un paradoxe : la production agricole est reconnue comme la plus qualitative et sûre du monde, mais les Français en doutent ou l’ignorent.

L’agribashing serait donc un mélange entre un phénomène réel souvent très violent mais relativement rare et qui concerne des cercles finalement très éloignés de l’agriculture et un phénomène purement médiatique amplifié par la présence récente des agriculteurs et du microcosme « online » sur les réseaux sociaux. Quoi qu’il en soit, ces attaques injustifiées doivent être considérées, par la loi quand c’est nécessaire (intrusion, diffamation) mais ne doivent pas être généralisées à l’ensemble de la population. Par ailleurs, les méthodes de sorties relèveraient plus d’un besoin d’information dans une société où l’on veut tout connaître de ce que l’on mange (provenance, itinéraires techniques, etc..). Traitons donc l’agribashing comme il se doit, en informant sur les bonnes pratiques, c’est à dire les alternatives aux produits phytosanitaires et en répondant au besoin de transparence des consommateurs.

L’agribashing serait alors un terme à proscrire et pourquoi pas à remplacer par un autre qui témoignerait mieux de la situation : l’Agri-gnorance ?

 

Merci à Rémi Mer pour son éclairage sur le sujet.

 

La réorganisation productive en agriculture, qu’est-ce que c’est ?

 

 

Innover en agriculture ? Pas juste une question de technique !

Depuis le milieu du siècle dernier, l’agriculture française a connu de profondes évolutions qui en quelques décennies, ont fortement modifié les modèles économiques et les paysages ruraux. Aujourd’hui, l’agriculture française doit faire face à une nouvelle mutation : les besoins des consommateurs et consommatrices évoluent ainsi que les attentes des citoyens et des citoyennes face au défi majeur du changement climatique  à la santé des écosystèmes, la disponibilité de l’eau, la qualité des sols, etc… Plus encore, la mondialisation continue de rendre les marchés volages et il faut faire face à des fluctuations permanentes des prix.

Confrontée à cette situation sans précédent, l’innovation technique seule suffira-t-elle ? L’agriculture dispose heureusement de nombreux autres atouts dans ses territoires  pour innover.

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Selon Marc Giget, docteur en économie du développement, un récent sondage (Etude OpinionWay, 2016) montre qu’en général, les citoyens réclament des innovations « qui améliorent vraiment la vie » avec comme principales attentes :

  • –  me simplifier la vie (49%),
  • –  préserver l’environnement (42%),
  • –  être accessible au plus grand nombre (41%).

L’innovation en agriculture revêt diverses formes

Les récentes innovations agricoles prouvent qu’une amélioration de la qualité du travail et des produits se fait parfois par d’autres leviers que l’augmentation de la production. L’innovation n’est pas seulement technologique, elle revet diverses formes : elle peut être sociale (management, regroupements, solidarités…), organisationnelle (autonomie fourragère, diversification, valorisation du travail…) ou encore numérique (réseaux d’agriculteurs, application des recherches, techniques…).

Face aux défis, l’innovation est souvent la seule solution. En agriculture, les agriculteurs qui souhaitent augmenter leur capacité de résilience face aux difficultés du siècle à venir se réunissent et innovent souvent de concert pour améliorer leur efficience organisationnelle.

S’agissant tout d’abord du volet économique, dans un contexte marqué par la dérégulation de certains marchés devenus mondiaux, l’objectif principal est d’assurer la viabilité et la pérennité des exploitations et de garantir un niveau de rémunération satisfaisant aux agriculteurs et agricultrices et aux salariés et salariées.

Pour innover, le monde agricole s’ouvre également davantage aux autres secteurs d’activité. Marketing, communication, export, labelisations, règlementations, tous les domaines sont bons pour permettre aux agriculteurs de mieux vivre de leur activité. La très bonne santé du site « miimosa », plateforme de financement collaboratif en agriculture peut en attester, l’innovation agricole se porte bien et elle est souvent le fruit de projets collectifs.

Face à l’urgence environnementale mondiale, l’innovation en agriculture peut devenir un véritable atout en matière de compétitivité. Mais la concurrence internationale entre des produits agricoles européens soumis à des normes sanitaires et environnementales nécessaires décidées collectivement, et d’autres qui n’ont pas ces normes, conduit à une course permanente à la recherche de prix toujours plus bas et peut ainsi impacter la capacité des agriculteurs et des agricultrices européens à innover. Il faut donc parfois se tourner vers de nouvelles formes d’innovations, dont les circuits économiques, sociaux et intellectuels sont en permanence à réinventer.

« Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ».  Aristote

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Le projet REPRO-INNOV vise à étudier et à caractériser ces nouvelles formes d’organisation productive au sein des filières agro-alimentaires, à partir d’approches pluridisciplinaires en sciences sociales visant l’analyse des processus d’innovation. L’objectif est de mieux comprendre comment des innovations peuvent ou non favoriser la transition vers des systèmes agro-alimentaires plus durables. Ce projet s’organise en 3 volets de recherche qui visent à croiser des regards complémentaires sur l’innovation régionale dans l’agro-alimentaire : un premier volet porte sur les dynamiques nationales et régionales d’innovations, un second propose des travaux sur les coopératives agricoles et enfin un troisième volet, sur l’articulation entre réseaux d’entreprises et territoires pour des projets innovants.

Plus d’informations : http://psdr.fr/archives/INS413PDFN1.pdf)  

Un des objectifs est donc de mieux comprendre l’influence des dimensions spatiale et de mises en réseau d’acteurs sur les processus d’innovation et sur leurs performances à l’aide d’une méthodologie d’analyse qualitative par entretiens pour comprendre comment les innovations sont mises en place par des acteurs de la filière dans les territoires

« L’innovation n’est pas seulement technologique, elle revet diverses formes »

Les objectifs du projet : étudier et caractériser les nouvelles formes d’organisation productive au sein des filières agroalimentaires

L’innovation est abordée au sens large à la fois dans ses dimensions techniques, organisationnelles et institutionnelles.

Les entreprises mobilisent leurs ressources internes pour innover, mais l’innovation dépend aussi de leur capacité à mobiliser leur environnement externe, qui renvoie à des dimensions sectorielles et de marché, mais aussi à l’environnement géographique et institutionnel. L’innovation s’inscrit donc dans un cadre ouvert, où l’accent est mis sur l’analyse des interactions entre acteurs (co-évolution), tant dans la dimension de coordination entre les acteurs d’une filière que dans celle de la co-existence de différentes formes d’organisation à l’échelle des territoires.

REPRO-INNOV : Réorganisations productives et innovations dans les filières agroalimentaires

Acteurs - filières agroalimentaires - territoire
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